Bonifacio deux heure du mat

Publié le par Jérôme et Angèle

Tsanga Tour 5ème épisode

 

Bonifacio

Deux heures du mat, nous dormons mal. Un sentiment diffus de ne pas être en sécurité se mélange à nos rêves. Le vent plaque le bateau sur le quai et compresse les par-battages. Les rafales font battre les drisses sur le mat. Nous sommes dans un port et, pourtant nous ne nous sommes jamais senti aussi fragiles et vulnérables. Il faut dire que cela dure depuis deux jours. Nous cumulons la fatigue de notre première semaine en mer avec notre exaspération de voir cet hiver qui refuse de lâcher prise. Nous sommes bloqués sans savoir pour combien de temps ; soit la météo est en grève, soit le fax de la capitainerie ne fonctionne pas. Nous devons nous résigner.

Nous prenons conscience de nos habitudes de citadins, où la nature n’a pas le dessus, où le temps n’échappe pas à ce point à notre contrôle, à notre planification. Nous nous adaptons, nous n’avons pas le choix.

Lors d’une manœuvre au port, une rafale a fait pivoter le bateau et nous avons sectionné le câble qui maintient le bout-dehors à la coque. Il va falloir réparer. Comment faire dans cette ville fantôme qu’est Bonifacio un week-end de mars? Je cherche un réparateur. Je demande mon chemin à un passant. Il ne parle qu’anglais. Il est Gallois, a une cinquantaine d’année et vit en couple sur un bateau. Nous discutons un peu, puis nous nous invitons à prendre l’apéro sur nos embarcations réciproques. Nous voici tous les quatre autour d’un verre à partager nos anecdotes de mer. L’histoire de cet Irlandais ivre mort dans son bateau, s’endormant alors qu’il remontait le fleuve vers Séville. Le bateau suivant son cours au pilote automatique, il fracasse son mât sur un premier pont, puis sur un deuxième, enfin sur un troisième jusqu'à ce que la police fluviale l’intercepte. Il ne fût réveillé que par ses visiteurs. En hôte distingué, son premier réflexe fut de les inviter à partager un verre avec lui.

Autre histoire : celle de cette écossé refusant de dépenser plus qu’il ne devrait pour naviguer.

Visitant les cotes françaises, il découvre sur sa carte un mouillage bien protégé à proximité de Brest. Il tente de s’y rendre, mais une vedette militaire remplie d’homms en arme se précipite sur lui. Sa carte, datant de 1900, oubliait de mentionner la présence de hangars pour sous-marins nucléaires. Il passera trois jours en prison.     

Vue la tournure des histoires, j’espère qu’ils n’auront jamais l’occasion de parler de nous.

Nous partageons nos expériences, parlons également de nos choix : nous de faire ce voyage, eux de vivre sur un bateau. La soirée passe, riche et légère. Le lendemain le soleil brille, le vent est doux, nous sommes ressourcés et tournés vers l’avenir. Nous reprenons la mer direction les iles Lavezzi. La chance est avec nous, le temps se maintient et nous sommes seuls dans cet archipel du bout du monde. Nous avons juste un petite pincement au cœur suite à la disparition mystérieuse de l’écharpe indienne d’Angèle qui l’avait accompagnée dans tous ses voyages.

Le soleil baisse, il est temps de reprendre la mer direction la sardaigne.

 

 

Rubrique photo

La pratique du photo-reportage de voyage à deux, se fait de la manière suivante :

Soit le paysage est inspirant et suffisant pour satisfaire le photographe, et le deuxième voyageur peut vaquer à ses occupations. Soit ce n’est pas le cas, et alors l’équipe des deux voyageurs se répartie les rôles entre « le photographe » et « le sujet ».  Pour palier à cette limitation, des accessoires ont été inventés pour réunir les deux voyageurs sur le même cliché. Il y a tout d’abord l’usage de l’autochtone, mais sa fiabilité est toujours soumise à caution. De plus l’autochtone est difficile à trouver dans une hauteur d’eau supérieure à 1m60 (hauteur qui correspond au tirant d’eau de notre bateau). Il y a ensuite le grand bras de Jérôme, modèle 1m92, mais qui donne des photos avec de larges nez et souvent des joues luisantes. Comme dernier accessoire, nous avons le pied pour appareil photos, et c’est bien de lui qu’il va s’agir. En effet, dans un soucis de fournir, à un public exigeant, toujours plus de qualité, nous avons le plaisir de vous transmettre avec ce blog nos toutes premières photos, prises grâce à un pied et un retardateur, où nous sommes enfin réunis ! 

 

 

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Publié dans tsangatour

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