10eme episode - Ca sent le soufre
Tsanga Tour - 10ème épisode
Vous pensez notre petite planète domestiquée et sans surprise. Cest que vous ne connaissez pas Vulcano. Voici notre histoire. Tsanga-tsanga se promenait langoureusement entre les îles Eoliennes. Son équipage constitué de ma mère, Hélène, Angèle et moi-même découvrait avec délice la douceur de ce lieu mythique. Dabord Salina puis Lipari nous offraient leurs richesses. Nous nous promenions à terre avec tant dinsouciance quà notre retour la soirée était déjà bien avancée. La nuit était au rendez-vous pour notre départ en mer à destination de Vulcano. Ces îles si accueillantes le jour devenaient menaçantes la nuit. Labsence dhabitation et déclairage rendait lidentification des côtes incertaines. Seul le panache de fumée inquiétant du Vulcano nous montrait notre voie. Le vent forcissait progressivement et nous fûmes soulagés didentifier sur la carte un vague port abrité au pied du volcan. Plus nous approchions, plus lobscurité nous entourait. Enfin protégés du vent, une nouvelle sensation sempara de nous. Une violente odeur de soufre vint nous irriter les narines. Nous nous installâmes finalement contre un quai désert. Aussitôt amarrés, Angèle et moi sortîmes faire un premier tour de reconnaissance dans les alentours. Nous ne vîmes pas âme qui vive. Une houle régulière et cassante rajoutait un sentiment dhostilité à ce lieu inquiétant. Il était clair que nous nallions pas bien dormir. Angèle soucieuse, me demande par précaution daller retendre la chaîne de lancre. Je vais démarrer le moteur. Rien, aucun contact. Il fait nuit et nous nallons pas réparer maintenant. Il est temps de dormir. Dans la nuit un orage terrible éclate. La suite est implacable. Latmosphère saturée en soufre transforme leau de pluie en acide sulfurique et brûle nos voiles. Nous voici pieds et poings liés. A ce même moment une coulée de lave dévale le flan du volcan jusquau port. Nous avons juste le temps de lâcher nos amarres et de dériver dans un port devenu bouillonnant
Angèle - et tu trouves ça réaliste comme histoire ?
Jérôme - Je ne sais pas, mais je sais quHomère a fait un best seller planétaire avec un bateau se promenant dans la région et avec des aventures encore plus extraordinaires.
Angèle- et tu penses que cest là lobjet de notre blog ?
Jérôme - Bon daccord, on dira que cétait pour le premier avril et je reviens sur une partie de mes pas. Le moteur redémarrera au bout dune demi heure, nos voiles seront simplement rincées par la pluie. Nous découvrirons le lendemain sous un beau soleil une charmante petite île avec au programme bain de boue dans une atmosphère soufrée et ascension dun Vulcano bien paisible. De quoi nous faire oublier notre première impression concernant cette île.
Au petit matin, Hélène et ma mère prendront un hydrofoil pour Messine. Ciao. Cest une belle première expérience de vie à quatre sur le Tsanga Tsanga avec rigolades, vie à bord, apprentissage de la voile, visites, Nous attendons notre prochain co-équipage avec impatience !
Mais avant :
La Galère
Etre bloqué, moteur de nouveau en panne, seul navire de plaisance dans un port dédié aux ferries à Lipari. Tenter de dormir malgré les vagues de nos encombrants voisins. Constater que le vent à tourné et que de grosses vagues nous poussent sur le quai. Devoir sortir de son lit à 3h du matin embués de sommeil, mettre sa combinaison, sa veste, ses bottes, ses gants. Sortir sous une pluie battante. Ne rien toucher de métallique de peur dêtre foudroyé par les éclairs qui éclatent au dessus de notre tête. Aller jusquà lavant du bateau. Retendre à la main la lourde chaîne de lancre pour nous éviter de taper sur le quai. Rentrer dégoulinant dans la cabine avec tout de même le grand réconfort du sourire et de la présence dAngèle.
Le Plaisir :
Toujours avoir le sourire et la présence dAngèle avec en prime un moteur qui marche.
Un des avantages de notre condition est de pouvoir prendre le temps de redécouvrir la littérature. Enfin pouvoir se poser devant un bon livre et en savourer tranquillement toute la richesse. Celui qui occupe ma table de chevet actuellement sappelle manuel dinstructions par Volvo Penta. Je crois que lon peut parler au sujet de cet ouvrage, sans crainte dexagérer, de littérature philosophique. Lidée maîtresse serait quil ny a pas de fatalité et que tout problème a une cause et un remède. La clé de voûte de cette théorie est la capacité de lutilisateur à faire un bon diagnostic. En ce qui nous concerne, après cette lecture, il nous est formellement interdit de nous résigner face à notre moteur refusant de démarrer une fois sur deux. Comme tout ouvrage philosophique, il se doit dêtre difficile daccès. Je dois bien reconnaître que, malgré une application studieuse, le schéma de câblage du tableau dinstruments ne ma pas encore livré tous ses secrets.
Les jours passants, et surtout une nuit particulièrement difficile, la nécessité de faire appel à un maître à penser devient une évidence. Première tentative par téléphone avec Pierre, ancien propriétaire et grand connaisseur de lanimal Tsanga-Tsanga. Malgré de multiples contacts il ne trouvera pas non plus de réponse. Après quelques investigations en ville nous sommes aiguillé vers un mécanicien auto qui nous mettra en contact avec son frère réparateur de bateau. Le rendez-vous est pris. Lors de son arrivée sur le bateau, en bon ingénieur, je mempresse de lui remettre les outils indispensables que sont mon manuel Volvo Penta et mon multimètre numérique. Il nen fera rien, il lui faudra juste un bout de fil, une clé de 10, un tournevis, et deux heures de farfouille dans le bateau pour résoudre notre problème. Verdict : Oxydation de la connexion de la masse sur le moteur. Autant dire bien loin de toutes nos hypothèses. Nous avons finalement pu repartir de cette ancienne colonie grecque, soulagés et un peu plus philosophes après deux jours de repos bien mérité.






Oups, c'est la qu'on espere que les voisins savent bien faire marche arriere ...
A bientot,
Angele et Jerome