13eme episode - Les Pouilles

Publié le par et Angèle

 Tsangatour - 13eme Episode


« Les Pouilles »,

Vous en conviendrez le nom de cette région du sud de l’Italie n’a pas le pouvoir évocateur d’un Bora-Bora ou d’un Honolulu. Il faut dire que la spécialité du coin serait plus la fromagerie-charcuterie que la rêverie. Il faut tout de même reconnaître que c’est en grande partie grâce à cette région que l’Italie mange si bien. Nous en profitons pour faire des réserves au risque de faire baisser de quelques centimètres la ligne de flottaison du Tsanga.

Il est l’heure pour nous de confronter notre planning initial à la réalité. Le but de notre voyage n’étant pas de dévorer des miles avec frénésie, nous suivons les conseils de nos prédécesseurs en réduisant notre parcours. Nous n’irons donc pas à Venise. Nous sommes à Brindisi et si la météo est favorable nous partirons demain pour traverser l’Adriatique jusqu’en Croatie. Le lendemain le Sirocco, vent du sud, est au rendez-vous. Il nous suffit de dérouler notre génois pour être propulsés à 6nd vers le nord. Situation rare en méditerranée, nous passerons la journée sans même avoir à régler nos voiles laissant l’équipage libre de taper sur des casseroles en chantant pour que les dauphins qui nous accompagnent restent le plus longtemps possible avec nous (méthode secrète, parce que risible, des marins au long cours que nous vous dévoilons de bon coeur).

Malheureusement la navigation quand c’est trop sympa, ça ne dure pas. Voici qu’au cours de la nuit l’anémomètre s’affole indiquant des rafales jusqu’à 37nd. Notre génois, à force d’être réduit, n’est plus qu’un torchon. Au fil des heures le vent creuse la mer, si bien qu’au petit matin nous découvrons des murs d’eau déferlant derrière le Tsanga. Nous n’osons même plus tourner la tête. Nous sommes barbouillés par le mal de mer. Le pilote automatique héroïque, lutte contre les rafales qui couchent le bateau et les vagues qui lui font perdre son cap. Nous sommes bien évidemment seuls dans cet univers déchaîné. Qu’est ce qu’on est allé faire dans cet enfer ? Pourquoi ne sommes nous pas tranquillement installés dans un bureau parisien chauffé ? Le GPS nous aide dans ce tumulte sans début ni fin. Il matérialise par quelques cristaux liquides la distance qu’il nous reste à parcourir pour arriver à notre destination. Dans deux heures c’est la fin de notre calvaire, allez courage, on tient le bon bout. Nous arrivons finalement sur l’île de Korcula ou nous accostons lessivés.

En même temps que notre tension se relâche, notre lucidité vacille. Le responsable du port nous reproche violemment de ne pas avoir hisser un pavillon jaune. En effet ce drapeau, signe de notre non immatriculation en Croatie, lui aurait permis de nous interdire l’entrée du port. Il peut dire ce qu’il veut, nous ne sommes pas fâché du tout d’être bien amarré dans son port et de ne pas avoir eu de pavillon jaune. Malheureusement, l’histoire ne s’arrête pas là. Nous avons à peine le temps d’éteindre le moteur qu’il m’expédie au bureau de l’immigration. Trouver la bonne rue, le bon bureau, le bon officier, paperasse à remplir. Pour le moment tout le monde parle Anglais. Un des formulaires est sur internet, mais évidemment ça bug. Le douanier s’énerve sans y parvenir pour autant. Moi je lutte pour rester éveillé dans mon fauteuil en face de son bureau. Je réalise que j’ai encore sur moi mon gilet de sauvetage autogonflant. Je me mets à rêver qu’il se déclenche maintenant, j’aurais un bon oreiller pour dormir…

- « Kuna ! »

- « Hein, quoi Kuna ? »

Je reviens à la réalité en lui faisant répéter quatre fois sa phrase. Tout mon vocabulaire d’anglais défile dans ma tête avant que je ne réalise qu’il me parle de la monnaie locale. Evidemment, il est le dernier des mohicans à ne pas vouloir d’euros. Trouver une banque, revenir, faire de la monnaie… Je fini après deux heures par rentrer au bateau. Angèle a déjà tout remis en ordre. Elle m’a impressionné pendant la tempête par son calme et sa solidité. Ca fait du bien de savoir que nous sommes tous les deux présents dans des moments pareils. Nous ingurgitons de la nourriture, puis nous nous écroulons sur notre couchette.


Il nous faudra deux journées tranquilles pour être prêts à repartir. Ce sera l’occasion d’une rencontre éphémère, mais intéressante. Il s’agit d’un couple de français ayant fait partie de cette génération de navigateur qui, dans la mouvance hippy des années 70, ont construit de leurs mains une coque de noix. Ayant lu Moitessier, ils firent le choix de partir vivre au chaud entre personnes partageant les mêmes idéaux. Nous discutons. Souvenir d’heures de gloire dans la baie de Cayenne, ou près de 90 bateaux vivaient en communauté, partageant le poisson pêché. Nostalgie également, car cet univers selon eux n’existe plus. C’est la disparition du plein emploi qui l’a tué. Plus de petits boulots dans les ports pour acheter le minimum vital. Après 18 ans de cette vie ils ont donc du retourner en France pour redevenir sédentaires. De toute façon pour eux, « la mer d’aujourd’hui a changé. Elle appartient à des avocats, des chirurgiens. Ces héros d’un monde individualiste ne sont pas intéressés à partager les poissons fraîchement péchés pour cause de congélateurs pleins à craquer à bord de leur beau bateau ». Cette vision, certainement excessive, nous interpelle. Nous, avec notre Tsanga, où nous situons nous ?

Une chose est sure, ce n’est pas avec ce que je pêche que je vais faire vivre beaucoup de monde. Une réforme profonde des techniques de pêche est donc décrétée à bord du Tsanga-Tsanga. Retour aux fondamentaux. Nous reprenons la mer sous un soleil radieux à la découverte des îles de la côte Dalmate. Poissons de Croatie attention, un prédateur arrive …

A bientot,

Angele et Jerome

 

A votre avis, dans lequel de ces ports se sent-on en securite ?

Angele multi-fonctions

A Korcula, pas facile de savoir d ou vient le vent

Appel du large

Le dernier poisson que j ai pris ... en photo

C est decide, je change d'appat, je passe a l'ado croate.

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