15eme episode - sans sel
Tsangatour 15ème épisode
- Préambule -
La nature humaine étant ce quelle est, il ny a pas trente six manières de mettre daccord les marins bretons et les marins méridionaux sur la navigation. Le seul moyen consiste à leur trouver une tierce personne en guise de bouc émissaire, et heureusement, il existe un marin qui reste immuablement disponible pour cette fonction. Je veux parler du célèbre « marin deau douce ». Mais quen est-il exactement ? Entre légende et réalité, Tsanga Grand Reportage vous informe.
- Fin du préambule, début de la rivière
Nous attendons Maud et Emmanuel sur le quai de la ville de Sibenik au bord dun lac distant dà peine un mile de la côte. Tsanga-Tsanga découvre pour la première fois depuis notre départ leau douce. Cest loccasion de nous débarrasser des algues naissantes sur la coque et denlever le sel présent dans le circuit de refroidissement du moteur.
Le timing est bon, nous avons deux heures pour lavitaillement et nous promener un peu dans la ville avant que Maud et Emmanuel ne descendent de leur car en provenance de Split et nous rejoignent à bord. Un yacht de milliardaire grec sinstalle près de nous. Cest un bateau gris et austère avec à son bord plein duniformes galonnés porté sous des visages tristes. Cest tout juste si le drapeau grec ne sexcuse pas dêtre bleu et blanc. Comme quoi la fortune ne respire pas forcement la joie de vivre. Une fois notre équipage au complet, nous décidons daller chercher un mouillage tranquille pour passer la nuit. Notre petit Tsanga rouge et jaune repart donc tel un saumon, à lassaut de la rivière à contre courant. Nous naviguons entre des gorges étroites avant datteindre un nouveau lac. Le changement dunivers pour nous est réel, mais faible à côté de Maud et Emmanuel. Dans la même journée ils ont connu Paris, laéroport, lavion, Split, le car, la remonté de rivière pour finir sur un petit bras deau douce sous un tableau atypique. Les grenouilles font la fanfare, alors que les cygnes paradent sous le coucher de soleil.
La nuit est douce, ce qui nest pas de trop pour préparer notre expédition du lendemain. Dabord se rendre à Skradin, dernier village accessible sur la rivière, puis préparer le Tsanguita (lannexe) et le matériel. Nous avons prévu de nous rendre aux cascades de la Krka. Il nous faut calculer notre consommation de carburant, préparer les bidons, prendre le GPS. Nous partons pour laventure armés dun puissant sentiment de liberté. Nous nous apprêtons à passer un pont, dernier symbole humain sur notre route, quand un gardien surgit de nulle part nous interpelle en nous montrant un panneau « interdit au bateau à moteur ». Il refuse toute discussion brisant dun coup notre élan et nous obligeant à faire demi-tour. Cest finalement la navette touristique qui nous conduira à lentrée du parc naturel. La gestion trop parfaite de cette nature sauvage a un coté agaçant pour les aventuriers que nous tentons dêtre, mais la beauté du paysage mérite bien quelques protections.
Alors que la plupart des rivières creusent patiemment leur lit pour pouvoir écouler leurs flots, ici leau est moins conformiste. Elle se promène entre forêts et rochers sans réellement se décider. Pour peu que le soleil brille, le mélange des reflets deau, de la roche et de la végétation donne un spectacle saisissant. Nous finissons notre promenade en étant les seuls courageux à se baigner. Le soir, Angèle en profite pour discuter longuement avec sa copine alors quEmmanuel et moi, en futur prof de physique et ingénieur réunis, tentons de mettre en équation lécoulement de notre rivière. Nous apprenons dans notre guide que Skradin a été fortement endommagé pendant la guerre. Cest étrange de penser quun lieu aussi paisible ait pu être, il y a une décennie, un lieu daffrontement violent. Aujourdhui seuls les bâtiments donnant sur le port ont été complètement rénovés. Dans le village les traces de la guerre se perçoivent plus : maisons fermées, église brûlée, travaux permanents. La vie reprend sa place avec une toute nouvelle école et un stand du loto croate décoré style « néons de Pigalle ».
Il est temps pour nos invités de passer à une navigation plus musclée. Direction la pleine mer, vers les îles Kornati. Le vent est au rendez-vous et Tsanga-tsanga retrouve ses habitudes maritimes en gîtant raisonnablement. Premier mouillage au sud de lîle sauvage de Zirje. Nous descendons lannexe pour aller nous promener. Nous allons jusquà un fort en ruine dominant lîle. Expertise dexplorateurs confirmés, ou lassitude précoce au sujet des vieilles pierres, le fait est que ces ruines nous paraissent fausses. Emmanuel va jusquà lancer lhypothèse dun décor de cinéma. En rentrant au bateau, nouvelle confirmation de notre sentiment de Skradin, « le syndrome 70 kunas ». En Croatie plus cest sauvage, plus cest organisé. Un vieil homme en barque viendra au coucher du soleil nous demander 10 euros et ramasser nos poubelles. Nous partons le lendemain pour atteindre les îles Kornati. Le guide parle dune impressionnante atmosphère de désolation. Le guide a raison. Cest un univers purement minéral que nous abordons. La météo changeante ne fait quamplifier ce sentiment. En cinq minutes nous passons du calme plat avec un grand soleil à un ciel chargé et un vent violent. Nous avons limpression que la température a perdu 15 degrés. Tous les bateaux se déroutent vers le seul ponton abrité, montrant des styles assez variés dans la réalisation de la manśuvre daccostage. Nous passerons la nuit dans ce lieu imposé par la météo, mais très sympa au demeurant. Dernier jour pour Maud et Emmanuel et retour à la civilisation avec un soirée à Rogosnika où nous arrivons dans une marina digne de Walt Disney Village avec salles de bals, centre desthétique et restaurants. Dovidjenia ! Maud et Emmanuel partent vers Trogir en bus doù ils pourront prendre lavion. Nous mettrons, de notre côté, deux jours pour rejoindre ce magnifique et paisible village, bloqués pour la première fois en plus de deux mois par la pluie !
A bientôt,
Angèle et Jérome














